Phobos 3

Auteur : Victor Dixen

Genre : Littérature Young-Adult

Date de publication : 2016

Éditeur : Robert Laffont

Pages : 620

 

 

 

Résumé :

Fin du programme Genesis dans

1 mois…

1 jour…

1 heure…

 

Ils sont prêts a mentir pour sauver leur peau.

Ils sont les douze naufragés de Mars.

Ils sont aussi les complices d’un effroyable mensonge.

Les spectateurs se passionnent pour leur plan de sauvetage, sans se douter du danger sans précédent qui menace la Terre.

Elle est prête a mourir pour sauver le monde.

Au risque de sa vie, Léonor est déterminée à faire éclater la vérité. Mais en est-il encore temps ?

Même si le compte à rebours expire, il est trop tard pour renoncer.

 

Mon avis :

Alors qu’elle a révélé à ses compagnons d’infortune le vrai visage de Serena McBee, l’investigatrice du programme Genesis, Léonor se trouve face à un grand dilemme : faire éclater la vérité au grand jour et ainsi empêcher une nouvelle génération de signer leur arrêt de mort en embarquant pour Mars, ou bien se taire et se protéger de la terrible colère de Serena ?

Avec ce troisième opus de la saga Phobos, Victor Dixen signe un tome très mouvementé : entre questions existentielles et retournements de situation fréquents, le rythme que nous impose la lecture relève d’un véritable marathon. Et pour cause : il faut tenir le lecteur éveillé pendant plus de 600 pages ! La dimension addictive liée à l’écriture est donc toujours présente au même niveau, bien que le récit aurait gagné en respiration à être divisé en deux tomes. Remercions toutefois l’éditeur de ne pas avoir succombé à cette tentation, chère aux adaptations cinématographiques de sagas pour adolescents.

On retrouve avec plaisir la galerie de personnages présents dans les deux premiers tomes, sans oublier le hors-série : l’auteur adresse de nombreux clins d’œil aux adeptes de la série, en rappelant le passé des garçons sous forme de fragments. L’attachement à ces jeunes adultes n’en est que renforcé, contrairement à la nouvelle génération de pionniers qui ont également signé pour Mars. Comme dans le premier tome, chacun est rapidement présenté sous forme de tableau comprenant les noms, les pays d’origine ainsi que l’argent récolté auprès des téléspectateurs. Toutefois, nous ne voyons ces nouveaux visages que de loin, à travers la chaîne Genesis. Nulle possibilité donc de connaître, et encore moins de s’attacher, à ces personnalités.

 

 

Un choix considéré de la part de l’auteur qui a pris le parti de développer d’autres personnages déjà présents dans l’aventure. Alors qu’elle était souvent relayée au second plan dans les tomes précédents, Harmony s’impose sur le devant de la scène dans un récit parallèle au récit cadre. Elle va se retrouver confrontée malgré elle à une question d’ordre scientifique et moral, qui effleurera également l’esprit du lecteur : doit-on tout faire pour accéder à la jeunesse éternelle ? Encore une fois, le développement de ce personnage sera lié à celui de sa mère, Serena, dont la personnalité déjà très noire s’assombrira encore plus.

Bien que Phobos ne soit pas une dystopie, Victor Dixen joue avec les codes du genre, en nous proposant un « avant », avant qu’un pouvoir drastique ne soit mis en place. Car Serena McBee ne se contente pas contrôler une émission de télé-réalité (bien que mondialement suivie). Son ambition est d’accéder à la présidence des États-Unis : un projet fou pour nous lecteurs qui connaissons son vrai visage, mais bien sensé pour les partenaires de Genesis et la population, envoûtés par le charisme de cette femme qui excelle dans l’art de dissimuler sa soif de pouvoir. Elle se fabrique une image lisse, humaine, en apparence transparente, qui dissimule à la perfection ses actes meurtriers. Tout est sombre chez cette femme dont le comportement manipulateur fait frissonner, d’autant plus qu’elle est hissée au sommet par le public. Un personnage tissé à la perfection dans le rôle du méchant, qui n’est pas sans rappeler certains passages de l’Histoire…

 

Conclusion :

Un troisième tome essoufflant, guidé par une écriture toujours aussi addictive et des portraits de personnages qui gagnent en profondeur. Difficile de se détacher de cette série décidément pleine de surprises. Vivement la suite !

 

Songe à la douceur

Auteur : Clémentine Beauvais

Genre : Littérature jeunesse

Date de publication : 2016

Éditeur : Sarbacane

Pages : 240

 

 

 

Résumé :

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon.

Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur, c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer.

Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.

 

Mon avis :

Songe à la douceur : ce titre prend une allure d’impératif une fois le livre refermé. Cette douceur qui aurait pu faire basculer le cœur de celle qui, autrefois, fut rejetée. Avec ce nouveau roman, Clémentine Beauvais signe son entrée dans la cour des grands. Car, même s’il n’est pas classé parmi les adultes, ce livre ne s’adresse pas seulement à ces adolescents qui, peut-être, ne percevront pas toute la magie et le désespoir que comporte cette histoire d’amour impossible. Mais sans doute est-ce là la force de la littérature jeunesse, parfois plus forte et lancinante que ne peuvent l’être certains romans écrits pour les grands. Une chose est sûre : ce long poème que nous offre Clémentine Beauvais restera longtemps gravé dans nos mémoires.

Cette histoire est celle d’une rencontre fortuite, incongrue, tout sauf romantique. Eugène et Tatiana sont là pour accompagner leurs deux amis, follement amoureux. Tenir la chandelle à deux, pourquoi pas. Ils apprennent à se connaître au détour d’un café, d’une réception, d’une promenade à quatre. Le charme s’opère sur la jeune Tatiana, mais fait fuir son compagnon d’infortune. « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » : Eugène le sait, le vit, et s’en mordra les doigts dix ans plus tard… Tatiana, blessée et malheureuse, vit alors son premier chagrin d’amour. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’auteure effectue des sauts dans le temps aux moments opportuns du récit et joue ainsi avec la frustration du lecteur. Il faudra attendre plusieurs pages avant d’apprendre que la jeunesse des deux personnages ne fut pas la seule raison de leur échec amoureux. Au détour d’une conversation entre adultes, le roman prend alors une tournure bien plus dramatique que prévu.

 

 

Songe à la douceur célèbre donc l’amour, mais également la maturation d’un homme et d’une femme séparés par la fougue que fut leur jeunesse. Clémentine Beauvais dessine le portrait d’un quatuor contraire, mais complémentaire. Alors que le premier duo est amoureux, passionné, frivole ; le second est distant et introverti. Mais un saut de dix années dans le temps semble changer beaucoup de choses : on retrouve Tatiana et Eugène, jeunes adultes et transformés. Elle est indépendante, gracieuse, plongée dans une thèse artistique ; lui a perdu toute frivolité, est un homme d’affaire ennuyeux, mais retrouve un éclat et une insouciance au contact de celle qui, autrefois, le laissait de marbre. Les retrouvailles de ces deux personnages se réalisent comme une danse, celle de la passion oubliée, fragilisée par un secret inconnu pour le lecteur. Cette danse verbale est d’autant plus belle qu’elle est mise en lumière par l’écriture visuelle de l’auteure. On entend la musique au travers des mots : celle à la fois légère et onirique mais qui, à la seconde d’après, sombre dans un jeu de percussions qui prend aux tripes. Le barrage que pourrait constituer une écriture en vers libres à la lecture prend alors tout son sens ; et va même au-delà : elle devient indispensable.

 

Conclusion :

Un roman surprenant, à la fois délicat et passionné, sur une histoire d’amour que le temps et la jeunesse ont émiettée. Clémentine Beauvais a réussi le pari de dépoussiérer la poésie pour la mettre au service d’une problématique aussi complexe que passionnante : le passage à l’âge adulte. Le coup de cœur de cet hiver !

 

Beaux rivages

Auteur : Nina Bouraoui

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2016

Editeur : JC Lattès

Pages : 245

 

 

 

Résumé :

C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.

Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.

Les larmes rassemblent davantage que les baisers.

J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance.

 

Mon avis :

Dans ce nouveau roman, Nina Bouraoui décortique méticuleusement les étapes qui suivent la rupture amoureuse. La narratrice A., dont l’item se veut volontairement universel, a été quittée pour une autre femme. Difficile d’accepter cette situation initiale, ô combien blessante, avant-tout pour son amour-propre. A travers ce portrait de femme dévastée, gouvernée par un pathos plombant, c’est celui de tous les laissés pour compte par l’amour qui est décrit. Car A. n’est pas maître de cette situation qui la dépasse. Cependant, elle reste dans une position active, comme si un être tout autre émanait d’elle petit à petit, et lui configurait ainsi une personnalité nouvelle, frôlant avec les limites du raisonnable. La femme simple et discrète laisse la place à une boule de nerfs, jonglant tantôt avec la dépression, tantôt avec l’obsession pour celui qui fut l’être aimé.

 

 

Beaux rivages offre donc la parole à ceux que la société tend à cacher : les personnes qui vont mal, qui subissent un traumatisme amoureux. Ce portrait est réalisé avec un réalisme fulgurant : on s’y retrouve, on s’y perd. Les différents comportements de A., plus ou moins déplacés et délirants, rappellent des situations vues ou vécues : on décèle des clins d’oeil de la part de l’auteure à chaque coin de page. Une seule émotion émane à la lecture de ce roman : la pitié. Beaux rivages est écrit de façon à faire retentir en nous l’écho de la rupture : on compatit au chagrin de A. Pourtant, cette compassion atteint une certaine limite, dans la mesure où il est rapidement difficile de s’attacher à cette héroïne pathétique et pulsionnelle. Et pour cause : le récit est construit de façon à nous accorder un accès illimité à ses pensées. Cette situation de femme nous renvoie à notre propre image, et c’est sans doute ce qui nous rebute.

La relation au corps occupe également une place primordiale dans le roman et participe à la métamorphose de la narratrice. Il agit indépendamment, comme le témoin d’un mal-être. La rupture est alors décrite de façon physique, prenant la solitude comme principal allié. La nourriture rebute, la sexualité aussi. Le corps cherche à se débarrasser de toutes ces situations de la vie quotidienne qui le relient à l’être aimé. Cet attachement au-delà de la présence physique est réalisé de façon subtile par l’auteure qui décrit parfaitement la difficulté de son héroïne à surmonter ces tracas pour le moins pesants.

Avec Beaux Rivages, Nina Bouraoui illustre avec une certaine dramaturgie cette idée selon laquelle l’amour n’est pleinement vécu que lorsqu’il prend fin. Elle interroge alors son lecteur sur cette question : peut-on affirmer aimer quelqu’un sans avoir vécu de chagrin d’amour ?

 

Conclusion :

Parler d’amour du point-de-vue des abandonnés. Tel est le défi que s’est imposé Nina Bouraoui dans ce nouveau roman qui livre un portrait de femme troublant, dans lequel plus d’un lecteur pourra se reconnaître.

 

Continuer

Auteur : Laurent Mauvignier

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2016

Éditeur : Les Éditions de Minuit

Pages : 240

 

 

 

Résumé :

Sibylle, à qui la jeunesse promettait un avenir brillant, a vu sa vie se défaire sous ses yeux. Comment en est-elle arrivée là ? Comment a-t-elle pu laisser passer sa vie sans elle ? Si elle pense avoir tout raté jusqu’à aujourd’hui, elle est décidée à empêcher son fils, Samuel, de sombrer sans rien tenter.

Elle a ce projet fou de partir plusieurs mois avec lui à cheval dans les montagnes du Kirghizistan, afin de sauver ce fils qu’elle perd chaque jour davantage, et pour retrouver, peut-être, le fil de sa propre histoire.

 

Mon avis :

Continuer est un de ces livres rares qu’on aimerait recommencer une fois terminés. Il nous suit longtemps après l’avoir refermé : comme lors d’une rencontre amoureuse, on ne peut s’empêcher de penser à lui, au tourbillon de sentiments qu’il a su déclencher en nous. Ce roman est celui d’une relation houleuse entre une mère et son fils, constamment mise à l’épreuve par les attentes et les comportements de chacun. Un thème d’une banalité apparente, mais qui, sous la plume de Laurent Mauvignier, revêt une dimension fabuleuse.

Mère célibataire, Sybille se bat chaque jour pour garder la tête haute, malgré un homme qui éblouit par son absence et un adolescent à la dérive. Suite à une soirée qui a mal tourné pour son fils, elle prend la décision folle et désespérée de chercher un dépaysement total à travers un road-trip sur les terres du Kirghizistan. Sybille ne maîtrise plus rien, mais elle est convaincue que ce voyage à cheval est la solution pour débloquer cette situation infernale et permettre à ce fils qu’elle ne comprend plus de s’ouvrir au monde. Elle est cependant loin de se douter qu’il ne sera pas la seule personne à devoir sauter des obstacles bien plus grands que lui.

 

 

Nous découvrons donc en même temps que ces deux personnages les paysages de ce sol lointain. Les descriptions n’affluent pas, pourtant l’ambiance et des parfums du Kirghizistan se font sentir à travers les mots. Dépaysant mais aussi enrichissant, ce voyage est l’occasion pour le lecteur d’en apprendre plus sur la personnalité et le passé de Sybille. Qui est vraiment cette femme prête à tout pour remettre son fils sur le droit chemin ? D’où lui vient cet acharnement ? Car, sous ses airs d’une grande fragilité, elle se révélera être quelqu’un de beaucoup plus fort que les personnes nocives qui l’entourent.

Continuer est donc un roman du dépaysement, de la découverte de soi, mais également de la violence. Violence des mots, violence des actes, le portrait de Samuel revêt tous les aspects de l’adolescent perdu, à la recherche d’un monde idéal, bien loin de celui de sa mère. La plume de Laurent Mauvignier a cette capacité à nous ouvrir les portes du psychisme de chacun de ses personnages. Au désespoir d’une mère atterrée succède la provocation et le replis sur soi d’un fils incompris. Chaque monde intérieur nous est livré sans recul, avec violence et beauté, grâce à une écriture subtile, littéraire et rythmée, agissant comme une respiration saccadée. Nous sommes la tête sous l’eau le temps d’un récit qu’il est difficile de quitter, même après le point final. Le tumulte d’émotions qui ressort des personnages et de cette relation, à la fois destructrice et bienfaisante, est si contagieux qu’il nous arracherait une larme souriante. Le lien musical qui ressort de cette épopée tragique achève le lecteur qui n’aurait pas encore succombé à la beauté du texte de Laurent Mauvignier.

 

Conclusion :

Un roman coup de poing, coup de cœur, qui balance entre violence des sentiments et sublime d’une relation filiale. La plume de Laurent Mauvignier nous fait voyager, nous transporte bien au-delà d’une parenthèse littéraire. Son livre reste en mémoire longtemps après l’avoir refermé, tout comme les notes de David Bowie…

 

Petit pays

Auteur : Gaël Faye

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2016

Éditeur : Grasset

Pages : 224

 

 

 

Résumé :

En 1992, Gabriel, dix ans, vit au Burundi avec son père français, entrepreneur, sa mère rwandaise et sa petite sœur, Ana, dans un confortable quartier d’expatriés. Gabriel passe le plus clair de son temps avec ses copains, une joyeuse bande occupée à faire les quatre cents coups. Un quotidien paisible, une enfance douce qui vont se disloquer en même temps que ce « petit pays » d’Afrique brutalement malmené par l’Histoire. Gabriel voit avec inquiétude ses parents se séparer, puis la guerre civile se profiler, suivie du drame rwandais. Le quartier est bouleversé. Par vagues successives, la violence l’envahit, l’imprègne, et tout bascule. Gabriel se croyait un enfant, il va se découvrir métis, Tutsi, Français…

 

Mon avis :

Roman d’enfance, roman de guerre, Petit pays se présente comme un récit qui mêle les thèmes pour finalement se rassembler en un : l’identité. A l’insouciance de l’enfance succède la lucidité d’un jeune homme sur ses origines. Comment le bagage culturel s’impose-t-il à nous ? Et surtout, comment l’apprivoise-t-on ? Autant de questionnements auxquels Gabriel va être confronté dans le pays de sa mère, celui de son enfance, à savoir le Rwanda. Pour lui et ses copains, la discrimination n’existe pas : ils appartiennent tous au même monde, celui de l’enfance régit par les jeux, l’amusement. Jusqu’à ce que le génocide Tutsi arrive : la haine et la violence des adultes déteint alors sur ces enfants, désormais guidés par un sentiment identitaire fort. On s’inscrit dans une communauté, de part la naissance, qu’il s’agit d’honorer avant tout.

 

 

Avec ce premier roman, Gaël Faye impose un style d’écriture à la fois poétique et extrêmement lucide. Suivant un récit composé en deux parties, l’avant et l’après génocide, cette plume mimétique devient grave dès que la violence des armes, des mots, apparaît. Alors que la première partie du roman se veut légère, frivole, ennuyeuse parfois ; la seconde est au contraire teintée de noirceur, révélant ainsi la folie sombre des hommes. Tout ceci vu à travers les yeux d’un enfant de douze ans. Car quoi de plus fort, de plus touchant que de parler d’un pays à la dérive par le biais de l’insouciance ?

Pourtant, la barbarie des adultes agit comme un coup de massue sur ces enfants, qui prennent alors conscience de la réalité du monde contemporain et finissent par y participer. Cet équilibre entre la lumière et la part obscure des hommes est sans cesse mis à l’épreuve, spécialement dans la seconde partie du récit, et renforce l’équilibre-même du livre. Alors que l’ouverture renvoie souvent à une impression de naïveté lassante due à l’enfance, le reste du roman est intense, dévorant. De la noirceur de la guerre naît alors le style lumineux et poétique de Gaël Faye, celui qui retourne l’estomac, et le cœur.

 

Conclusion :

Un premier roman audacieux et personnel, qui attire l’émotion du public grâce à la mise en valeur d’un narrateur à la fois insouciant et terriblement lucide sur la condition rwandaise. Le style poétique et musical de Gaël Faye le propulse d’emblée en tête de la rentrée littéraire, dans la nôtre aussi. A lire !