De beaux jours à venir

Auteur : Megan Kruse

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2016

Éditeur : Denoël

Pages : 384

 

 

 

Résumé :

Depuis des années, Amy subit la violence de Gary. Jusqu’au jour où elle reçoit le coup de trop et décide de s’enfuir avec ses deux enfants, Jackson, dix-huit ans, et Lydia, treize ans. Premier arrêt au Starlight, motel crasseux qui va leur servir de refuge. Tous les trois s’endorment sereins et soulagés, mais au petit matin Jackson a disparu. Croyant gagner l’amour d’un père qui le rejette, il est retourné chez eux et a trahi sa mère et sa sœur en révélant à Gary l’adresse du motel. Amy se rend alors à l’évidence : si elle veut assurer sa sécurité et celle de Lydia, elle va devoir abandonner son fils. Cette séparation brise le cœur de la petite fille, très attachée à ce frère doux et différent. Jackson, de son côté, doit désormais se débrouiller seul, tiraillé entre la recherche désespérée de l’amour paternel, sa culpabilité et sa difficulté à gérer son homosexualité naissante.

 

Mon avis :

Ce roman choral peint la dure histoire d’une famille rongée par la violence conjugale. Tour à tour, la mère, la fille et le fils nous livrent leur ressenti, tout en évoluant dans ce contexte difficile. Seul le point-de-vue du père est absent, plaçant alors l’intérêt du récit non pas sur les raisons qui le poussent à une telle violence, mais sur la façon dont les autres personnages la reçoivent et s’en échappent.

Megan Kruse met en scène dans ce roman la complexité des liens qui unissent et brisent parfois les membres d’une même famille. Alors qu’Amy tente d’échapper avec ses deux enfants à l’emprise de son mari, son fils Jackson la dénonce. Ce geste en apparence incompréhensible, y compris pour Jackson, révèle en réalité un besoin d’amour et de reconnaissance dont il semble manquer. En proie à l’adolescence et aux questionnements que cette période de la vie suppose, le jeune homme semble déjà très abîmé. Entre un abandon parental et une grande difficulté à assumer son identité, notamment sexuelle, ce personnage à la dérive tente malgré tout d’avancer. Toutefois, en offrant au lecteur l’accès aux pensées de l’adolescent, Megan Kruse nous permet de prendre de la hauteur sur lui, de comprendre les actes et la psychologie de ce personnage.

 

 

La construction du récit est également une des particularités de ce roman. Le changement de point-de-vue va de paire avec une temporalité saccadée. Ainsi, la perception des situations par Amy s’accompagne souvent d’un saut dans le passé. Le lecteur découvre alors l’adolescence du personnage : les liens eux-mêmes complexes avec ses propres parents, mais aussi la rencontre avec Gary qui deviendra son futur époux. L’homme actuel, renfermé et violent, n’a alors rien à voir avec le jeune adulte ivre d’illusions et surtout d’amour. A croire que l’accomplissement de ses rêves de famille l’aient transformé et rendu aigri. Malgré tout, ce portrait réalisé par Amy est à prendre avec précaution, dans la mesure où le point-de-vue de Gary ne nous est jamais directement livré. Ces sauts dans le temps confèrent un important relief au personnage de la mère et créent une seconde histoire dans le roman. Grâce à des effets de suspense très légers, l’auteure parvient à nous tenir éveillés à la fin de chaque chapitre. Le point-de-vue de Jackson participe également à cette particularité romanesque puisque, une fois séparé de ses deux parents et de sa sœur, il part à la rencontre d’un nouveau cadre de vie, gouverné par d’autres adultes.

Enfin, la violence conjugale se ressent également à travers le personnage de Lydia. La complicité du lien entre le frère et la sœur est visible lors des crises de violence du père : Jackson cherche à protéger Lydia, notamment en l’entraînant hors de la maison. Néanmoins, cette protection se révèle limitée face à l’extrême lucidité dont fait preuve la petite fille. Dans ces chapitres plus particulièrement, l’écriture agit comme une mimétique de l’état d’esprit du personnage. Lors de la deuxième tentative d’évasion de la mère, Lydia a grandi : la plume de l’auteure devient alors malléable, afin d’illustrer au mieux le gain d’intelligence et de finesse d’analyse du personnage. En emmenant Lydia avec elle loin de son mari, Amy prouve également son désir de protéger sa fille, aussi bien physiquement que psychologiquement. Mais elle se rendra vite compte que, malgré toutes ces précautions Lydia gardera des séquelles.

 

Conclusion :

Un premier roman fort, qui traite avec une grande originalité d’un thème aussi sombre que délicat, non évident à mettre en fiction. Grâce à une écriture mimétique et une trame temporelle saccadée, Megan Kruse dresse le portrait de personnages complexes, abîmés, mais avec une force de caractère hors du commun. A lire !

 

La Sélection (tome 3)

Auteur : Kiera Cass

Genre : Littérature jeunesse, Dystopie

Date de publication : 2014

Éditeur : Robert Laffont

Pages : 337

 

 

 

Résumé :

La Sélection a bouleversé la vie de trente-cinq jeunes filles. Déchirées entre amitié et rivalité, les quatre candidates encore en lice resteront liées par les épreuves qu’elles ont dû surmonter ensemble. Entre les intrigues amoureuses et celles de la cour, c’est une lutte de tous les instants pour demeurer fidèles à leurs idéaux.

America n’aurait jamais pensé être si près de la couronne, ni du cœur du Prince Maxon. A quelques jours du terme de la compétition, tandis que l’insurrection fait rage aux portes du Palais, l’heure du choix a sonné. Car il ne doit en rester qu’une…

 

Mon avis :

Dans cet ultime tome de la trilogie, nous retrouvons les dernières Sélectionnées en lice pour épouser le Prince Maxon et, par ce biais, accéder à la couronne d’Illéa. Bien que celui-ci ai souvent témoigné son amour pour notre héroïne America, elle reste sur le qui-vive, et compte bien se défendre face aux nombreux atouts de ses adversaires. Elle devra également se battre pour prouver qu’elle mérite sa place dans la compétition et ce, malgré les réticences du roi et du peuple d’Illéa, qui lui imposeront de nombreux obstacles. Ce troisième tome se place donc dans la continuité des précédents : l’ambiance de compétition est toujours palpable, si ce n’est plus. Toutefois, certains revirements de situation viennent bousculer cette « contre harmonie » de façon surprenante, flirtant ainsi avec les limites de la vraisemblance. Les portraits des quatre Sélectionnées sont réalisés de façon plus approfondie, donnant plus d’ampleur à chaque personnage. A travers les yeux d’America, nous découvrons l’histoire de chacune, ce qui les rend d’autant plus attachantes, bien que souvent imprévisibles.

 

 

La dimension politique sous-jacente dans les épisodes précédents est traitée ici au premier plan. Les motivations des assaillants sont clairement énoncées et la complexité de leur identité est rendue plus claire. Malgré tout, certains personnages demeurent opaques quant à leur positionnement politique, ce qui génère un effet de tension que l’on ressent à la lecture. Jusque dans les dernières pages du roman, le voile est levé sur les idéaux politiques de certains, ce qui les rend d’autant plus intéressants. Encore une fois, America fait preuve d’un courage supérieur à ses concurrentes, ce qui impressionne autant le lecteur que Maxon, lui aussi plus impliqué qu’il n’y paraît. La guerre qui oppose la couronne d’Illéa aux Renégats finit par se résoudre, comme on pouvait s’y attendre, dans un dernier coup d’éclat, très inattendu. Ce combat final n’est pas sans rappeler celui d’autres dystopies, aussi magistral et bien finalisé, en y laissant toutefois quelques morts pour l’effet dramatique.

La Sélection s’inscrit donc dans la mouvance déjà bien ancrée dans le paysage des romans Young-Adult, à savoir la construction d’un monde de paillettes, dictatorial, qui se voit mis en danger par l’arrivée d’une héroïne au courage hors du commun. Amour, combats, figures attachantes, esprit de justice, sans oublier le sempiternel épilogue niais : tous les ingrédients sont réunis pour produire une histoire d’aventures qui saura ravir les jeunes lecteurs.

 

Conclusion :

Un troisième tome bien construit, avec des personnages touchants qui gravitent dans un univers à la fois féérique et terrifiant. Série estivale, dépaysante, l’intérêt de La Sélection se trouve dans l’imagination que l’auteure a su mettre au service de mots qui, malgré tout, restent limités par une grande pauvreté.

 

La Sélection (tome 2)

Auteur : Kiera Cass

Genre : Littérature jeunesse, Dystopie

Date de publication : 2013

Editeur : Robert Laffont

Pages : 308

 

 

 

Résumé :

La Sélection de 35 candidates s’est réduite comme peau de chagrin, et désormais l’Élite restante n’est plus composée que de 6 prétendantes. L’enjeu pour ces jeunes filles ? Convaincre le Prince Maxon, le Roi et la Reine ses parents, qu’elles sont les mieux à même de monter sur le trône d’Illéa, cette petite monarchie régie par un strict système de castes et déchirée par deux factions de rebelles qui veulent la faire tomber.

Pour America Singer, la donne est encore plus compliquée : ses sentiments pour Maxon viennent se heurter à son amour d’enfance pour Aspen, garde royal qui hante les couloirs du palais, et à son sens aigu de la justice trop souvent déçu par les décisions royales… Entre intrigues de cour, dilemmes tragiques et loyautés divisées, America navigue à vue dans la tourmente, en quête de la décision qui changera à jamais sa vie…

 

Mon avis :

Dans ce deuxième tome de La Sélection, nous retrouvons avec plaisir les personnages peints précédemment. Alors qu’America s’était prêtée au jeu télévisé sans trop d’investissement, elle est cette fois-ci déterminée à remporter la couronne. Sa rencontre avec le Prince Maxon a changé la donne et encouragé son esprit de compétition. Il marque d’emblée sa préférence pour la jeune femme, bien que celle-ci ne soit pas convaincue de sa bonne foi. Son manque de confiance en elle est parfois difficile à comprendre pour Maxon, comme pour le lecteur.

Le triangle amoureux que ces deux personnages forment avec Aspen est toujours présent et prend une envergure dont on se passerait volontiers. En proie à des sentiments qu’elle ne contrôle pas, America est en effet tiraillée entre un amour grandissant pour le Prince et une passion encore vivante pour son jeune soldat. Les deux amants se retrouvent secrètement dans les recoins du château, loin des yeux aguerris des personnes de la Cour et des caméras. On se doute pourtant que ces petites rencontres finiront par éclater au grand jour ; reste à savoir quand.

 

 

Alors que le premier tome élaborait l’univers créé par l’auteure, le deuxième propose une intrigue et des rebondissements plus poussés, suscitant un véritable effet de suspense à la lecture. On peine à lâcher ce livre et sortir de cette ambiance à la fois féérique et pleine de tension. Les personnages prennent également de l’ampleur. Des 35 candidates sélectionnées pour l’émission, il n’en reste plus que six en course. Cette forte diminution permet de conférer à chacune une personnalité unique, alors que seulement deux ou trois jeunes femmes sortaient du lot. Le point-de-vue adopté est toujours celui d’America, mais d’autres prétendantes se révèlent et deviennent attachantes, aussi bien pour l’héroïne que pour le lecteur.

La dimension politique revient également dans ce second tome, toujours traitée en arrière-plan. Les attaques des Renégats, opposants au pouvoir, sont de plus en plus fréquentes et font désormais des victimes. Pourtant, les raisons de leurs actions meurtrières ainsi que leurs identités sont encore floues. La tension monte d’un cran, ce qui créé un certain désordre et bouleverse les événements liés à la Sélection. Des pistes quant à cet élément de l’intrigue sont lancées, attendant d’être creusées par la suite, du moins on l’espère. Comme le schéma classique de la dystopie le suggère, on suppose que le système de castes érigé depuis plusieurs années par le pouvoir en place va être mis à mal par une héroïne qui cherche à rendre justice. A voir ce que la suite nous réserve.

 

Conclusion :

Un second tome addictif, à la hauteur du précédent. Les personnages prennent du relief et l’intrigue suit souvent un chemin inattendu, arrivant à créer un effet de surprise chez le lecteur. Une ambiance tendue vient s’ajouter à l’univers merveilleux de la Sélection, donnant ainsi plus de relief à cette dystopie féérique. Vivement la suite !

 

La Sélection (tome 1)

Auteur : Kiera Cass

Genre : Littérature jeunesse, Dystopie

Date de parution : 2012

Editeur : Robert Laffont

Pages : 343

 

 

 

Résumé :

Dans un futur proche, les États-Unis et leur dette colossale ont été rachetés par la Chine. Des ruines est née Illeá, une petite monarchie repliée sur elle-même et régie par un système de castes. Face à la misère, des rebelles menacent la famille royale. Un jeu de télé-réalité pourrait bien changer la donne…

Pour trente-cinq jeunes filles du royaume d’Illeá, la « Sélection » s’annonce comme l’opportunité de leur vie. L’unique chance pour elles de troquer un destin misérable contre une vie de paillettes. L’unique occasion d’habiter dans un palais et de conquérir le cœur du jeune Prince Maxon, l’héritier du trône. Mais pour America Singer, qui a été inscrite d’office à ce jeu par sa mère, être sélectionnée relève plutôt du cauchemar. Cela signifie renoncer à son amour interdit avec Aspen, un soldat de la caste inférieure ; quitter sa famille et entrer dans une compétition sans merci pour une couronne qu’elle ne désire pas ; et vivre dans un palais, cible de constantes attaques de rebelles…
Puis America rencontre enfin le Prince. En chair et en os. Et tous les plans qu’elle avait échafaudés s’en trouvent bouleversés : l’existence dont elle rêvait avec Aspen supportera-t-elle la comparaison face à cet avenir qu’elle n’aurait jamais osé imaginer ?

 

Mon avis :

Avec ce premier tome, Kiera Cass ouvre une série à la rencontre des genres. Un mélange époustouflant entre la dystopie, à la manière de Divergente, et le conte de fées. Depuis de nombreuses années, le royaume d’Illea est régi par un système de castes, organisé de Un à Huit, selon le niveau de pauvreté. Notre héroïne, America Singer, a grandi dans une famille de Cinq, entourée de parents et de frères et sœurs aimants mais toujours dans le besoin. Elle développe un don pour le violon et le chant dont elle compte bien se servir pour sa vie professionnelle. Engagée depuis bientôt deux ans avec Aspen, elle doit cependant garder sa relation secrète puisque le jeune homme appartient à une caste inférieure à la sienne.

Cette harmonie qu’America s’est construite s’effrite soudainement avec l’annonce d’une nouvelle qui va bouleverser le quotidien de nombreuses jeunes femmes. Avant d’accéder pleinement au trône d’Illea, le prince Maxon doit se marier. Selon la tradition, la famille royale organise « La Sélection », une émission de télé-réalité à échelle mondiale mettant en scène 35 candidates au poste de princesse. Cette position représente un rêve pour toute jeune femme d’Illea, mais également pour sa famille dont la caste sera augmentée. America ne comptait pas s’inscrire. Et pourtant, elle va se retrouver mêlée au jeu malgré elle.

 

 

La Sélection est une réécriture moderne des contes de princesse. Tous les ingrédients sont réunis : la couronne, les paillettes… America prend des allures de Cendrillon, tirée de sa condition misérable pour une vie de château qui peut être mise en péril à tout moment. La dichotomie entre le Bien et le Mal est également visible, en bas fond : l’équilibre de la couronne est mis en péril par les attaques fréquentes des Renégats, réfractaires au pouvoir en place. Cet élément de l’intrigue n’est pas traité de manière frontale. A supposer que la dimension politique de la série sera mise en lumière dans les tomes suivants.

La touche de modernité de La Sélection provient des écrans : suivant certainement la prolifération des émissions de télé-réalité à l’heure actuelle, l’auteure a choisi de l’intégrer dans son univers romanesque. Néanmoins, on oublie vite, comme notre héroïne, la présence des caméras et les enjeux qu’elles représentent. Les personnages vivent en autarcie complète depuis le commencement du jeu : même Aspen, l’amour déchu d’America, se retrouve mêlé à l’émission, sous une identité cachée. La limite de ce premier tome se trouve justement dans la mise en place de ce personnage. On retrouve le fameux « triangle amoureux », cher à de nombreux romans à destination des jeunes adultes. Cet élément s’accentue au fil des événements, ce qui rend le comportement de l’héroïne peu compréhensible et agaçant. En espérant qu’il ne vienne pas ternir la suite de l’intrigue !

 

Conclusion :

Ce premier tome promet une série dépaysante, à la croisée des genres entre féérie et dystopie. Malgré des personnages parfois attendus et une écriture sans fioriture, l’univers proposé par Kiera Cass est bien construit et addictif. Entre rebondissements, manipulation et mystères non élucidés, les livres de La Sélection se dévorent !

 

Danse d’atomes d’or

Auteur : Olivier Liron

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2016

Editeur : Alma Editeur

Pages : 227

 

 

 

Résumé :

Un soir chez des amis, O. rencontre Loren, une acrobate fougueuse et libre aux cheveux couleur de seigle. Ils s’éprennent follement, s’étreignent et s’aiment le jour et la nuit dans la ville qui leur ouvre les bras. Mais Loren disparaît sans un mot. Inconsolable, têtu, O. la cherche jusqu’à Tombelaine en Normandie. Là, il apprendra pourquoi la jeune fille si solaire et fragile, est partie sans pouvoir laisser d’adresse. Librement inspiré d’Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch, Danse d’atomes d’or propose une nouvelle version du mythe. Ici, Eurydice n’a pas besoin d’Orphée… D’une beauté à couper le souffle, écrit avec la rage de vivre, le premier roman d’Olivier Liron s’inscrit dans le droit fil de L’écume des jours de Boris Vian.

 

Mon avis :

Tout commence par un jeu, celui du « Post-it » : le narrateur, O., se découvre Orphée ; Loren, Eurydice. Suit alors un conte original, basé sur ce mythe, dans lequel deux personnes vont s’aimer follement le temps de quelques jours. La rencontre avec Loren va marquer la vie de O. : dès les premiers instants, il est fasciné par la jeune femme. Reine du spectacle la nuit, elle offre au narrateur une vie de bohème entre son petit appartement sous les toits et les promenades interminables dans les rues de Paris. L’enthousiasme des personnages pour cette vie épicurienne est véhiculée par un rythme d’écriture à la fois scandé et allongé. La plume de l’auteur agit comme une mimétique du texte : ainsi les moments de contemplation de l’être aimé se transforment en un tableau d’émotions et la passion du narrateur dépasse le cadre du récit.

Danse d’atomes d’or est une histoire d’amour furtive et surtout intense : un amour qui se consume, se dévore et détruit. La première partie du roman est axé sur cette passion : les deux personnages se connaissent à peine, mais leur rencontre se présente comme une évidence. Les moments qu’ils partagent alternent entre ardeur et tendresse, et constituent une harmonie palpable à la lecture. Mais déjà l’incompréhension face à certaines réactions de Loren commence à surgir. Nous sommes exclusivement dans la tête de O., le narrateur, si bien que nous vivons son amour mais aussi sa décontenance devant la tornade que représente la jeune femme.

 

 

La magie de la rencontre commence dès lors à s’effriter : ce personnage que l’on croyait invincible montre une petite part de faiblesse qui demeure incompréhensible. Cette brèche s’ouvre complètement lorsque Loren disparaît, sans rien laisser derrière elle. O. est désarmé, sans aucun moyen pour comprendre ou retrouver celle qu’il aime. Ce basculement du récit est également visible dans l’écriture qui prend la forme d’une complainte. Le narrateur, dévasté, chante son amour perdu qu’il cherche par tous les moyens à retrouver. Le temps devient malléable, interminable, jusqu’à ce qu’un élément permette au jeune homme de trouver une piste. Mais cette intrigue ne se présente pas sous la forme d’une enquête : elle est en réalité un moyen pour l’auteur d’exprimer la douleur que ressent un personnage face à la disparition de sa bien aimée.

Le récit se situe à la croisée des genres qu’il effleure par petites touches. Entre polar, réécriture de conte et poésie, Olivier Liron signe un premier roman ambitieux, plein de charme, qui s’inscrit entre rêverie et descente aux Enfers. Ce livre nous rend vivants, donne envie d’être amoureux. Comme la passion qui y est décrite de façon crue et poétique, il se dévore. Le bagage culturel de l’auteur se ressent dans sa plume, mais ne s’impose pas comme une barrière avec le lecteur : il agit au contraire pour véhiculer toute la poésie présente dans le texte. Le titre du roman en est d’ailleurs la meilleure preuve.

 

Conclusion :

Un premier roman surprenant, haletant, qui met la poésie au service de la prose. A travers cette histoire d’amour passionnelle, Olivier Liron signe une œuvre personnelle qui, on l’espère, saura conquérir les lecteurs. Le coup de cœur de la rentrée littéraire !