J’ai toujours cette musique dans la tête

Auteur : Agnès Martin-Lugand

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2017

Editeur : Michel Lafon

Pages : 361

 

 

 
Résumé :

Yanis et Véra ont la petite quarantaine et tout pour être heureux. Ils s’aiment comme au premier jour et sont les parents de trois magnifiques enfants. Seulement voilà, Yanis, talentueux autodidacte dans le bâtiment, vit de plus en plus mal sa collaboration avec Luc, le frère architecte de Véra, qui est aussi pragmatique et prudent que lui est créatif et entreprenant. La rupture est consommée lorsque Luc refuse LE chantier que Yanis attendait. Poussé par sa femme et financé par Tristan, un client providentiel qui ne jure que par lui, Yanis se lance à son compte, enfin. Mais la vie qui semblait devenir un rêve éveillé va soudain prendre une tournure plus sombre. Yanis saura-t-il échapper à une spirale infernale sans emporter Véra ? Son couple résistera-t-il aux ambitions de leur entourage ?

 

Mon avis :

Comme ses précédents titres, ce nouveau roman d’Agnès Martin-Lugand était très attendu. On retrouve sa plume agréable et fluide qui porte une histoire dans laquelle l’inattendu vient se mêler au quotidien. Encore une fois, les personnages sont des hommes et des femmes qui lui ressemblent : la petite quarantaine, une vie de couple et de famille épanouie… Bref, un idéal de vie bourgeoise peint de façon convenue mais parlante.

 
Toutefois, J’ai toujours cette musique dans la tête possède une tonalité jusqu’alors inconnue chez cette auteure à succès : le suspense. Car sous cette apparence parfaite, on pressent un événement plus noir arriver, déjà amené par la quatrième de couverture du livre. Plus qu’un spoiler, cette annonce crée en réalité une tension permanente pendant la lecture. Quand et surtout comment le vernis de cette vie parfaite va-t-il s’effriter ?

 

 
Au fil des pages, l’auteure construit le récit de façon à endormir l’attention de ses personnages et, par extension, de ses lecteurs. Mais lorsqu’il tombe, très tardivement, le couperet n’est pas aussi spectaculaire que le trailer pouvait le laisser croire. Le moment de basculement se fait de façon brutale, violente, mais finalement peu crédible. La tombée du voile est impromptue et la période sombre, en proie au doute, est minimisée aussi bien dans le temps que dans l’action. Le récit se veut positif, résolu, et toute la tension dramatique suscitée pendant la moitié du roman retombe comme un soufflet.

 
Le schéma narratif de ce livre n’est pas sans rappeler un de ses contemporains : D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Alors que l’héroïne traverse une période de doute, un autre personnage vient s’intégrer doucement au cadre, apparaissant alors comme une personne providentielle, présente pour apporter une solution à cette situation de crise. Une fois intégré, il se rend progressivement indispensable, toujours sous couvert d’une bienveillance endormante, et arrive ainsi à susciter une confiance aveugle de la part de l’héroïne.

 
Dans le roman d’Agnès Martin-Lugand, on est bien loin de cette dimension terrifiante amenée de façon subtile et spectaculaire par Delphine de Vigan… Pourtant, l’alternance des points-de-vues entre Véra et Yanis permettait également de plonger le lecteur dans le regard aveugle de ces deux victimes et endormir ainsi toute méfiance vis-à-vis du comportement des autres personnages.

 
Conclusion :

Agnès Martin-Lugand nous surprend dans ce nouveau roman qui mêle une tension dramatique forte au quotidien embelli d’un couple solide. Mais le basculement final peut décevoir et inscrire cette auteure dans le paysage de la littérature française du divertissement.

Arrêt non demandé

Auteur : Arnaud Modat

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2017

Éditeur : Alma

Pages : 152

 

 

 

 

Résumé :

Dans la maison Modat, on rit, on blague, on s’insurge, on affronte. Tout commence par la rédaction d’un enfant de huit ans. Explosif : « J’aimerais raconter mes vacances si ça ne dérange personne, où plutôt une chose qui m’est arrivée pendant les vacances et qui a failli gâcher ma belle jeunesse. » La vie étant ce qu’elle est sur l’échelle du temps, résumons les épisodes : la paternité, la responsabilité, l’art d’exister et de disparaître… Tout cela : grave, et furieusement désopilant.

 

Mon avis :

Dans ce roman faussement romanesque, six histoires se succèdent. On cherche rapidement le lien entre tous ces personnages qui apparaissent quelques instants sur le devant du récit, pour finalement se rendre compte qu’il n’y en a aucun, du moins pas directement. Arrêt non demandé se compose en réalité de plusieurs nouvelles qui, mises ensemble, forment une fresque de vie. Du petit garçon joyeusement lucide au futur père de famille sexuellement désorienté, cette galerie de portraits qui compose le livre d’Arnaud Modat est à la fois multiple et inconditionnelle. Au moment du récit, chaque personnage est ancré dans une situation bien particulière, mais il émane de leur comportement et de leur pensée quelque-chose d’universel, ce qui les rend touchants et il devient alors facile de s’identifier à eux.

 

 

Arrêt non demandé est un objet littéraire curieux qui peut dérouter. Outre sa forme plus proche du recueil de nouvelles que du roman, Arnaud Modat adopte un ton décalé qui provoque autant le rire que l’incompréhension. Face à l’absurdité de certaines situations, on est dérouté, désemparé, scandalisé… Mais on garde le sourire aux lèvres. Comme tant d’autres, ce récit s’inscrit avec originalité dans cette mouvance littéraire qui met en valeur des sujets graves, quotidiens, de façon lumineuse. De la fiction émane une leçon de vie qui ne se veut pourtant pas moraliste : la parole est donnée à ces personnages qui nous ressemblent et nous apprennent à vivre par leurs propres expériences déchues.

Chaque histoire est comme une surprise : on ne sait pas comment sera faite la suivante. Face à cet enchaînement rapide des chapitres, le cœur balance entre frustration et excitation. De fait, il est difficile de quitter une ambiance et des personnages propres à chaque récit, mais quel plaisir de découvrir le suivant ! L’écriture d’Arnaud Modat module également au fil des pages. On retrouve le même style – direct, décalé, familier, mais non dénué de poésie – ajusté au personnage qui prend la parole, conférant ainsi une crédibilité à chaque portrait.

 

Conclusion :

Un récit haut en couleurs, qui peint une galerie de portraits à la fois universels et déjantés. Le ton est annoncé sur la couverture : « Si j’étais une fleur, je serais bien embêté… pour me servir des digicodes. » Car quoi de mieux que le rire pour aborder des situations embarrassantes ?

Merci aux éditions Alma pour cette découverte aussi surprenante que touchante.

 

Inaccessibles

Auteur : Katharine McGee

Genre : Science-fiction

Date de publication : 2017

Editeur : Michel Lafon

Pages : 411

 

 

 

Résumé :

New York est à la pointe de l’innovation et du rêve. La ville est désormais une tour de mille étages où les plus aisés vivent à son sommet. Tout semble parfait, lisse et idéal. Jusqu’au jour où une jeune femme tombe du millième étage…

Qui a pu accéder à cet étage? Meurtre ou accident ? Les suspects sont nombreux…

– L’image parfaite de Leda Cole cache une addiction à une drogue qu’elle n’aurait jamais dû essayer et à un garçon qu’elle n’aurait jamais dû toucher.

– La vie merveilleuse et sans problèmes d’Eris Dodd-Radson vole en éclats quand une horrible trahison brise sa famille.

– Le travail de Rylin Myer dans l’un des plus hauts étages la propulse dans un monde – et une histoire d’amour – qu’elle n’aurait jamais imaginé. Mais que lui coûtera cette nouvelle vie ?

Watt Bakradi est un génie de la technologie qui cache un lourd secret : il sait tout sur tout le monde grâce à une IA qu’il a créée. Pourtant quand il est engagé par une fille des étages supérieurs pour espionner un garçon, il se retrouve piégé dans une toile de mensonges inextricable.

– Et vivant au-dessus de toute cette agitation, Avery Fuller, génétiquement créée pour être parfaite. Celle qui semble tout avoir est pourtant tourmentée par la seule chose qu’elle n’aura jamais…

 

Mon avis :

Établi dans la même veine que la célèbre série Gossip Girl, ce roman pour adolescents présente une société future, gouvernée par la hiérarchie sociale aux dépends de l’humain. Tout fonctionne donc pour le mieux, surtout pour les plus riches hissés au sommet de la Tour, jusqu’au jour où un meurtre se produit. Le schéma narratif s’inscrit alors dans cette mouvance littéraire qu’on retrouve beaucoup à l’heure actuelle, à savoir une ouverture sur un drame. Inaccessibles se situe donc à la croisée des genres : enquête policière, roman de mœurs, récit pour adolescents, science-fiction… Autant de possibilités s’offraient donc à ce livre qui n’a malheureusement pas su susciter l’attention du lecteur.

Tour à tour, les personnages principaux prennent la parole sur le mode d’un discours interne et dévoilent ainsi le fonctionnement de cette société cantonnée à une immense Tour. La touche de science-fiction intégrée au récit est plaisante en ce sens que l’explication des codes n’est pas imposé au lecteur. Ce dernier comprend naturellement, au détour des dialogues et des situations, les codes sociaux, la place de chacun dans la hiérarchie de la Ville, ainsi que la complexité des relations entre tous les personnages. Car, même si certains l’ignorent encore au début du récit, tous sont liés d’une façon ou d’une autre, même ceux qui ne se sont pas rencontrés.

 

 

Cette petite dose d’omniscience accordée au lecteur est d’autant plus plaisante qu’il prend l’histoire en cours de route. C’est d’ailleurs l’un des atouts majeurs d’une construction en roman choral. Outre un rythme effréné qui dynamise et donne un certain souffle au récit, l’alternance des chapitres et des points-de-vues permet de connaître les forces et les failles de chaque personnage. Toutefois, ce sentiment de puissance à la lecture est finalement annihilé lors du final, à savoir le lever de voile sur le meurtre présent dans l’incipit. Cet élément initial du récit entièrement mis de côté pendant presque 400 pages au profit du reste de l’histoire…

C’est pourtant le principe même du roman policier qui est construit de cette manière : mettre en place une intrigue – qui se déroule donc avant le meurtre – pour petit à petit dévoiler le coupable et les raisons qui l’ont poussé à commettre un tel acte. Cependant, le crime n’est jamais entièrement mis de côté, si bien que le lecteur le garde toujours en mémoire jusqu’à la scène finale. Ce procédé romanesque efficace et nécessaire n’est pas utilisé dans le roman de Katharine Mcgee. Si bien qu’on oublie le véritable objectif du récit, à savoir démasquer le coupable. Il s’agit en réalité plus d’un roman de mœurs, qui met en avant les troubles sociaux imposés par une telle société hiérarchisée.

Comme les annonces l’avaient présagé, on retrouve effectivement une forte dose de Gossip Girl dans ce roman : quand les secrets prennent progressivement une telle ampleur qu’il devient impossible de s’en sortir indemne. Malgré ses limites très visibles dans la construction de l’intrigue, on peut reconnaître cette qualité à Inaccessibles : les tergiversations adolescentes sont mises en scène de façon moins superficielle que dans la série télévisée.

 

Conclusion :

Avec ce premier tome, Katharine Mcgee signe un récit maladroit dans sa construction narrative, laissant de côté l’objectif même de l’intrigue policière annoncée dans les premières pages. Malgré tout, Inaccessibles est un roman divertissant, qui met en scène de façon intelligente les relations parfois houleuses entre adolescents, et teintées de secrets aussi par les adultes.

 

Amelia

Auteur : Kimberly McCreight

Genre : Thriller

Date de publication : 2015

Éditeur : Le Cherche Midi

Pages : 523

 

 

 

Résumé :

New York. Kate élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. Malgré un rythme professionnel soutenu, elle arrive tout de même à être à l’écoute de sa fille, une adolescente intelligente et responsable, ouverte et bien dans sa peau. Très proches, elles n’ont pas de secret l’une pour l’autre. C’est tout du moins ce que croit Kate, jusqu’à ce matin d’octobre où elle reçoit un appel de St Grace, l’école d’Amelia. On lui demande de venir de toute urgence. Lorsqu’elle arrive, Kate se retrouve face à une cohorte d’ambulances et de voitures de police. Elle comprend vite qu’elle ne reverra plus jamais sa fille. Amelia a sauté du toit de l’établissement.

Le désespoir laisse peu à peu place à l’incompréhension : pourquoi une adolescente en apparence si épanouie déciderait-elle de mettre fin à ses jours ? Rongée par le chagrin et la culpabilité, Kate tente d’accepter l’inacceptable jusqu’au jour où elle reçoit un SMS anonyme qui vient tout remettre en question : « Amelia n’a pas sauté. » Obsédée par cette révélation, Kate commence alors à s’immiscer dans la vie privée de sa fille et réalise bientôt qu’elle ne la connaissait pas aussi bien qu’elle le croyait. À travers les SMS, les mails d’Amelia, les réseaux sociaux, Kate va tenter de reconstruire la vie de sa fille afin de comprendre qui elle était vraiment et ce qui l’a poussée à monter sur le toit ce jour-là. Elle va devoir affronter une réalité beaucoup plus sombre que tout ce qu’elle a pu imaginer.

 

Mon avis :

A travers un récit à deux voix, Amelia se présente comme un thriller sombre sur l’adolescence. Le livre s’ouvre sur un drame en train de se produire : la tension monte, la voix de la mère aussi, et on se doute qu’il est déjà trop tard. Cette ouverture spectaculaire marque l’esprit qui sera celui de tout le roman, à savoir une ambiance opaque sur lit de troubles liés à l’adolescence. Tour à tour, nous avons accès à l’intériorité de Kate qui, convaincue que sa fille ne s’est pas suicidée, se lance dans une enquête obsessionnelle pour découvrir la vérité. Ces chapitres au rythme essoufflant alternent avec d’autres qui présentent le point-de-vue d’Amelia, avant le drame.

Deux portraits féminins sont ainsi peints, suivant deux psychologies diamétralement opposées : d’un côté la mère célibataire noyée sous le travail et qui tente tant bien que mal d’être à l’écoute de sa fille ; de l’autre une adolescente en recherche de repères, d’une stabilité familiale et émotionnelle, mais qui ressent le besoin de tester ses limites. La combinaison de ces deux point-de-vues confère au récit un rythme varié, à la fois haletant et reposant, et une ambiance de plus en plus sombre. L’écriture prend la forme de la voix qu’elle porte, littéralement dans le cas d’Amelia puisque certaines bribes de conversations par messages électroniques nous sont rapportées, ce qui nécessite de la part du lecteur une brève connaissance du « langage SMS », abrégé selon les sonorités des mots. Ce choix d’écriture est donc à double tranchant puisqu’il permet d’alléger un récit parfois lourd et très sombre, mais également de s’adresser à de jeunes lecteurs, sensiblement de l’âge de l’héroïne. Toutefois, cette force peut s’avérer être limitée, dans la mesure où elle laisse de côté d’autres lecteurs, moins sensibles à ce type de langage.

 

 

L’efficacité de la double narration, souvent utilisée dans les thrillers, n’est plus à prouver et pourtant, dans le cas d’Amelia, il ne semble pas éviter une certaine lourdeur à la lecture. Le style se répète – comme le principe romanesque l’exige – mais de façon trop longue, si bien que l’on penche plus pour un point-de-vue que pour l’autre. L’intérêt du personnage d’Amelia est sa position sociale : son adolescence difficile liée à un entourage absent ou néfaste la rend captivante. On découvre au fur et à mesure du récit le lycée dans lequel cette jeune héroïne évolue ; et les apparences cachent parfois une réalité plus sombre et fascinante.

Les thèmes du mal-être à l’adolescence et des sororités ne sont pourtant pas originaux, surtout dans la littérature contemporaine américaine. Et pourtant, la combinaison de tous ces mystères et d’une écriture adaptée à l’âge et la situation du personnage rendent la lecture attractive. Ce qui n’est malheureusement pas le cas avec Kate. Sa voix est portée sur le devant de la scène uniquement pour donner un cadre à l’autre récit, à savoir celui d’Amelia vécu en temps réel. Le lecteur mène donc l’enquête sur la mort de la lycéenne en même temps que sa mère, mais la psychologie de cette dernière n’est abordée qu’en surface, si bien que même la dernière partie du roman ne rend pas les révélations tant attendues surprenantes ou saisissantes.

 

Conclusion :

Un thriller qui met en scène de façon originale un thème déjà très visible dans la littérature, à savoir les violences psychologiques subies à l’adolescence. Malgré une ambiance oppressante jouissive et une écriture mimétique fluide, ce roman manque de profondeur et de surprise, et n’évite donc pas la peur de tout lecteur face à un livre : l’ennui.

 

D’après une histoire vraie

Auteur : Delphine de Vigan

Genre : Littérature contemporaine

Date de publication : 2015

Éditeur : JC Lattès

Pages : 477

 

 

 

Résumé :

Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser.

 

Mon avis :

Ce nouveau roman de Delphine de Vigan commence comme ses précédents, par un fait autobiographique. A travers une introspection littéraire, l’auteure nous dévoile une fois de plus un moment délicat de son existence. Cependant, cet incipit est écrit dans un objectif autre que celui de retranscrire le réel : il sert d’introduction à la rencontre avec un personnage décisif. Ce récit est l’histoire d’une relation opaque entre deux femmes : Delphine, double de l’auteure, et L., personnage énigmatique dont on ne connaît rien, même pas le nom. Sous une apparence bienveillante, elle s’insinue progressivement dans la vie de cette auteure, fragilisée par une panne d’écriture sévère.

Il ne se passe donc pas grand chose dans ce roman qui, pourtant, engendre une lecture hypnotique. Alors que Delphine ne mesure pas l’incidence de L. dans sa vie, très proche de la manipulation mentale, le lecteur se pense au contraire omniscient. Extérieur à l’histoire, il possède le recul nécessaire pour juger cette relation complexe. Cette impression de toute puissante est renforcée par le dénigrement du personnage envers lui-même qui ne cesse de mettre en avant son aveuglement face à l’emprise de L. Pourtant, jamais cette femme n’agit ostensiblement de manière malsaine. Du moins si l’on en croit Delphine. Car c’est là que réside toute la teneur psychologique de ce roman écrit à la première personne. Malgré le recul qui est accordé au lecteur, il est cantonné au point-de-vue de la narratrice et ne peut donc percevoir frontalement les intentions de L. On est donc constamment dans un jeu de funambule, à guetter un indice qui rompra l’équilibre insinué par cette femme mystérieuse. Sous couvert d’un énième récit autobiographique, D’après une histoire vraie s’établit en véritable thriller psychologique. En refermant ce livre, on garde un goût amer, terrifiant et cette impression d’avoir été dupé pendant près de 500 pages.

 

 

Delphine de Vigan ne se contente pas ici de décrire le réel : elle l’utilise, le questionne, le manipule. Situé dans la lignée du Misery de Stephen King qu’elle cite à plusieurs reprises, D’après une histoire vraie pose en arrière-plan du récit un débat de genre, celui de l’importance du réel dans la littérature. Alors que Delphine pense sortir de sa peur de la page blanche par la fiction, L. fait résonner en elle l’idée qu’aujourd’hui, la retranscription du réel est le seul but de la littérature. Du moins, c’est ce qu’attendent ses lecteurs.

Au-delà du récit et de la manipulation mentale opérée par un personnage sur un autre, l’auteure s’interroge sur le travail de l’écrivain : est-il possible de dépasser les genres littéraires, de ne pas s’enfermer dans un seul au risque de froisser les lecteurs les plus assidus ? La part autobiographique d’un livre représente-t-il le seul intérêt de la littérature ? Autant de questions qui trouvent une réponse très tranchée dans la bouche de L. et qui, sous couvert d’aiguiller son amie dans sa création, la manipule et la fragilise encore plus. A la lecture de ces moments plus critiques, on pense, on établit une opinion, et on participe malgré nous à l’établissement de l’intrigue. Une mise en abîme du récit réalisée de manière subtile, sans qu’on l’attende et qui fera surface de manière magistrale.

 

Conclusion :

Un récit habilement mené, qui se joue des codes romanesques et de nos attentes de lecture. Delphine de Vigan livre un roman sournois, un roman coup de poing et de cœur, digne des plus grands thrillers psychologiques.